dimanche 22 juin 2014

Monumenta 2014: Ilya et Emilia Kabakov, Nef du Grand Palais (Paris)





La nouvelle édition du Monumenta, c'est en ce moment, à la Nef du Grand Palais. Je vous rappelle rapidement le principe, un artiste contemporain s'approprie l'endroit et exploite au mieux  sa superficie. Cette année, c'est le couple Kabakov, Ilya et Emilia, qui nous propose leur "Etrange Cité". Il s'agit d'une reconstitution d'une mini-ville, représentative d'une civilisation à moitié imaginaire, à moitié référencée. Un programme pas forcément parlant à l'avance, mais vu le prix, et vu le cadre, qui fait toujours son effet, on fonce voir ce qu'il en est. Et vu que l'événement se termine aujourd'hui, je viens de vous trouver une idée sorties pour cet après-midi. Je suis sympa non?




Et vu que je suis naïf et que je crois sincèrement que quelqu'un va aller voir Monumenta aujourd'hui, grâce à mon article, je vais essayer de ne pas trop spoiler. Cette édition 2014 révèle son lot de surprises, on déambule dans les "ruelles" de cette cité sans savoir de quoi sera faite la prochaine étape, et c'est plutôt agréable. Il faut dire que le couple Kabakov sait recevoir, dès l'entrée de l'exposition. La première oeuvre est splendide, elle s'appelle "La Coupole" et s'inspire de la synesthésie d'Alexandre Scriabine, qui fait correspondre des sons et des couleurs. La Coupole change avec le temps et la mélodie, et on pourrait rester longtemps à contempler cet énorme objet coloré. 

C'est d'ailleurs un point important de l'édition de cette année. Je n'ai pas pu voir tous les Monumenta depuis 2007, mais celui-ci est le premier auquel j'assiste avec ... du son. Et ça change beaucoup. La musique renvoyée par la Coupole est d'une zénitude absolue. Ce sentiment de calme, presque de plénitude, trouve écho dans la lumière du soleil qui traverse le toit vitré de la Nef, et la douce chaleur qui l'accompagne. On retrouve également de la musique (la "Passacaille" de Bach) dans le Musée Vide, et l'on se dit que, comme souvent, l'image et le son sont difficiles à dissocier, ou du moins que les associer apporte quelque chose de particulier. C'est complètement le cas ici.




Pour le reste, comme dit précédemment, je préfère ne pas trop dévoiler de détails. Sept bâtiments en plus de l'entrée nous racontent l'histoire de cette Cité, qui doit autant à une ancienne ville tibétaine qu'à des édifices anciens, comme la Tour de Babel ou les Pyramides. Et bien sûr, l'imagination des Kabakov fait le reste. Tout semble pensé en tout cas. Maquettes, tableaux, mythologies, on rentre vraiment dans un monde qui, s'il n'a pas, aurait très bien pu exister. Le couple russe nous en démontre les croyances, par des aspects pratiques, et d'autres plus imagées. Les références sont nombreuses, musicales donc, scientifiques avec ses constructions selon le célèbre angle de 60 degrés, artistiques pour ses peintures influencées par Cézanne notamment, ou encore religieuses, avec ses deux chapelles. Plus que ça, les liens au temps sont éparses, piochant dans les anciennes civilisations comme dans la modernité. Ce qui nous donne un sentiment d'intemporalité, une Cité étrange, peut-être, mais surtout sans âge. Ce côté en dehors du temps a du coup la force de nous renvoyer à notre époque. Une réflexion toujours utile.




Ce cru 2014 s'avère être à nouveau une bonne surprise. Cela devient une habitude et on attend déjà la prochaine édition avec impatience. Le bon point de la vision des époux Kabakov, c'est qu'elle montre à nouveau à quel point Monumenta peut, selon les années, osciller entre le graphique (Buren en 2012) et le réfléchi (Boltanski en 2010). Les Kabakov tendent davantage vers la deuxième catégorie sans pour autant délaisser la première, et se mettent au niveau de l'événement, devenu au fil des ans un passage obligé pour tout amateur d'art contemporain. 
Je ne peux personnellement que vous le conseiller. Pour cet après-midi, ou pour les prochaines années!





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