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dimanche 28 décembre 2014
Hokusai - Galeries Nationales du Grand Palais, Paris
C'est l'une des expositions phares de cette fin d'année, Hokusai est au Grand Palais depuis le début du mois d'octobre. Le lien entre les cultures françaises et japonaises n'est plus à démontrer et le succès de cette rétrospective en est encore une fois la preuve. Après tout, Hokusai n'est ni Monet, ni Hopper, entendez par là que bien que tout le monde connaisse sa grande vague, on n'a pas non plus à faire au peintre le plus connu de la planète. Pourtant, on a l'impression d'y aller comme on va voir un classique, un intemporel qui a marqué l'inconscient collectif. Son influence au Japon est indéniable, mais elle semble l'être dans d'autres régions du monde, comme la nôtre. Certes, à moindre échelle, mais l'on ne boude certainement pas notre plaisir au moment d'entrer.
Après une salle introductive, c'est tout logiquement de façon chronologique que l'oeuvre du peintre japonais nous est présentée. Tout logiquement, car différentes périodes marquent clairement sa carrière, l'artiste changera même de nom selon l'évolution de son travail. Ainsi, une estampe Shunro, une gravure Sori ou un tableau Hok'sai sont l'oeuvre d'un seul et même homme. Chaque salle représente une ère de son parcours, et retrace celui-ci de manière très complète. On appréciera beaucoup la coupure entre le rez-de-chaussée et le premier étage, avec son petit film montrant le côté technique de la conception, notamment, des estampes commerciales, et un petit espace animation très agréable qui permet une pause salutaire, au vu du nombre de pièces présenté.
Car oui, il y a beaucoup de choses à voir. Hokusai a consacré sa vie à son travail, il espérait même vivre jusqu'à 110 ans, pensant qu'il ne deviendrait un véritable artiste qu'à un âge très avancé. C'était une de mes craintes, que l'exposition soit un peu répétitive. J'aime les estampes, je n'ai rien contre le dessin, les croquis, mais ce n'est pas non plus une passion pour moi. Bien sûr, j'apprécie la précision incroyable de ses innombrables livres de dessins, mais j'ai trouvé certaines sections longuettes. Rien de grave, les thèmes ainsi que les supports sont heureusement variés, et permettent de rester dans l'ambiance. J'ai par exemple beaucoup aimé la partie sur les fantômes japonais, et leurs longs cheveux noirs, faisant le lien avec les films d'horreurs de notre temps. Ou la grande période Hokusai Manga, et ses milliers de "dessins divers" qui sont peut-être les ancêtres des mangas d'aujourd'hui. Quelques longueurs donc, mais rien de grave...
Quant aux qualités de l'exposition, elles sont nombreuses. Ce qui fait notamment la force du travail d'Hokusai, c'est la variété de son oeuvre et son incroyable précision, sa dévotion à son art se rapprochant d'un certain état de sagesse. Cet acharnement l'a conduit à une beauté et à une précision de plus en plus flagrante, transcendée sur la fin par une sorte de vision, qui l'amena à appliquer tout ça à la peinture. Le meilleur est donc gardé pour la fin, où ses "Estampes du Monde Flottant" nous émerveillent, avant d'être convaincus entièrement avec les "Cent Vues du Mont Fuji". Il avait raison, c'est vraiment dans cette période de sa vie qu'il a su donner une autre dimension à son art, en s'appuyant sur des années de pratique acharnée. Ce qu'il faut voir également, c'est que son mélange de traditionnel et de modernité nous induit toujours en erreur, nous faisant penser qu'il est un peintre plutôt récent, du début du 20ème siècle par exemple. Hokusai est né en 1760... C'est sur ce point que le peintre japonais se pose comme un grand maître de l'art japonais et mondial, et force le respect de ceux qui visiteront cette exposition.
L'expo de fin d'année au Grand Palais est toujours un événement à ne pas louper pour le grand public. Hokusai ne fait pas défaut à la tradition et confirme le carton annoncé. Pour les personnes comme moi qui ne sont pas plus sensibles que ça aux coups de crayon, la rétrospective Hokusai n'est pas parfaite et souffre de quelques longueurs. Mais pour le reste, on ne pourra qu'apprécier la variété et la beauté du travail du japonais, et la joie d'avoir pu voir en vrai ce grand classique de la peinture qu'est la grande vague. Vous avez jusqu'au 18 janvier pour en profiter!
mardi 30 juillet 2013
Eugène Boudin - Musée Jacquemart-André, Paris
Très important de faire un article sur une exposition qui est terminée! Du vrai travail d'actualité! Je me suis demandé s'il y avait un intérêt et finalement, oui, vous entendrez parler d'Eugène Boudin, c'est toujours ça. J'ai donc vu cette exposition dans ses derniers jours, puis je suis parti en vacances, ce qui ne m'a pas permis de la chroniquer avant. Je décide de vous en faire un petit topo quand même, car ces paysages impressionnistes risquent de vous embarquer bien loin, de vous dépayser et de vous changer les idées. Idéal en ces périodes de congés d'été, qui ne sont pas finies pour tout le monde. L'expo Boudin est terminée, vive Eugène Boudin!
Nous sommes dans de l'impressionnisme pur et dur. Dans le style bien sûr, dans la localisation des paysages peints également. Eugène Boudin est né à Honfleur, et c'est ici qu'il fit ses premiers pas, en complet autodidacte. Ses débuts sont plus esquissés que finis, il gagnera en précision au fil des années. Deauville et Trouville l'inspirèrent beaucoup, l'artiste leur consacrant nombre de tableaux. Il y peint autant ses plages et que la population bourgeoise qui y passe ses journées. Ses "Scènes de Plage" font d'ailleurs partie de ses oeuvres les plus célèbres, de même que le "Concert au Casino de Deauville", présent sur l'affiche de l'exposition. Seul la fin de sa carrière le fera voyager un peu, vers le Sud de la France ou Venise.
La spécialité de Boudin, c'est la mer. Ses rivages, ses plages, ses nombreuses déclinaisons selon la hauteur des marées, il est définitivement un peintre marin. Que ce soit sur la côte normande ou en Bretagne, ou plus au Nord, ce fils de pêcheur devient vite maître en la matière. Mais il ne faut pas oublier son autre qualité. Camille Corot surnomma Boudin le "Roi des Ciels", grâce à l'importance de ses textures atmosphériques, dont le contraste avec les eaux marquèrent bon nombre d'amateurs d'art. Parmi eux, non moins que Claude Monet, qui revendiqua fortement l'influence du peintre d'Honfleur. "Je dois tout à Boudin", disait-il.
On a donc affaire à un des artistes les moins connus de la scène impressionniste. Pourtant, Boudin s'avère être un précurseur, il est de ces peintres ayant beaucoup impressionné et influencé. Est-ce que cela suffit pour faire une bonne expo? La réponse est malheureusement non. Celle-ci n'est pas mauvaise, loin de là, mais ce genre artistique a le défaut d'être parfois redondant. Et c'est le cas pour Boudin, dont les paysages se ressemblent assez souvent. Un tableau nous envoie directement sur la côte normande, nous dépayse en un instant. Mais une centaine de tableaux nous donne juste l'impression que l'artiste n'a pas su se renouveler. Et l'exposition semble parfois longue, alors que la visite se fait en moins d'une heure, ce qui est son autre défaut, paradoxalement.
Ceci étant dit, les amateurs de peinture impressionniste y trouveront leur compte, avec l'agréable surprise de découvrir un précurseur du genre. Il est important de connaître Monet, mais savoir d'où vient Monet l'est tout autant. Juste pour ça, l'expo se doit d'être respectée. Et encore une fois, n'oublions pas le principal attrait de ces quelques chefs-d'oeuvres, cette capacité à nous changer les idées, à nous envoyer loin en une fraction de seconde. C'est ce que je préfère dans l'impressionnisme, et je n'ai pas été déçu à ce niveau là en découvrant l'oeuvre d'Eugène Boudin.
mardi 11 juin 2013
L'Ange du Bizarre, Le Romantisme Noir de Goya à Ernst - Musée d'Orsay, Paris
Cet "Ange du Bizarre" était sans contestation possible l'une des expositions les plus attendues de cette année 2013. Empruntant son titre à un conte fantastique d'Edgar Allan Poe, traduit par Baudelaire, elle se présente de manière thématique et retrace ce courant noir, commun à de nombreuses périodes de l'histoire de l'art, que ce soit en peinture ou en sculpture, qui a attiré bon nombre d'artistes. Cette fascination des ténèbres, des sorcières, des villes mortes et autres paysages inquiétants, a toujours été une réponse aux inquiétudes du quotidien, par la force de l'imaginaire. Ce romantisme noir est ici retracée sous trois périodes, de sa naissance, à la fin du 18ème siècle, aux mutations symbolistes du 19ème, et pour finir, la redécouverte surréaliste du début du 20ème. Un sombre voyage des plus envoûtants!
C'est paradoxalement au siècle des Lumières que remonte les premiers signes de noirceur. La cassure engendrée par la Révolution Française s'est ressentie dans l'Europe entière et ouvre l'esprit des penseurs. Elle ébranle la Raison, et éveille la curiosité de certains artistes, élargissant ainsi leurs modèles de représentation. Delacroix, Blake ou encore Bouguereau, pourtant connu pour un plus grand classicisme, s'inspire de Dante ou de Milton, Füssli peint "Le Cauchemar", et Goya reconsidère tout son art. Le satanisme, la torture, mais aussi des sous-entendus plus érotiques, imprègnent une certaine frange artistique de l'époque jusqu'à devenir un courant majeur. Même la représentation des paysages est touchée, et les romantiques allemands que sont Caspar David Friedrich ou Carl Friedrich Lessing dépeignent des paysages lugubres ou des endroits isolés, inquiétants.
La deuxième partie de l'expo montre les mutations symbolistes lors de la deuxième moitié de 19ème siècle. L'origine est encore sociétale, les troubles engendrés entre autres par la guerre de 1870 influencent à nouveau les courants artistiques. Le monde s'est modernisé, les références littéraires et philosophiques sont encore plus poussées, engendrant un pessimisme inquiétant. Artistiquement, on assiste à de forts partis pris, a l'instar de Munch par exemple, tout en étrangeté. Les paysages sont souvent nocturnes, comme Jozsef Rippl-Ronai ou le superbe "Digue, la Nuit" de Spilliaert, à l'ambiance proche des Noirs d'Odilon Redon (que l'on retrouvera d'ailleurs également).
Un personnage mythologique est fortement présent dans cette partie, il s'agit de la Méduse. De l'hypnotisant bouclier d'Arnold Bocklin à la "Victime" de Gustave Moreau, comme une introduction à l'un des thèmes récurrents de cette période. La Mère-Nature et la femme sont deux symboles déchus, perçues par certains comme des forces destructrices, dont il faut se méfier plus que tout. Les mythes de la sorcière ou du vampire reviennent au premier plan, chez Munch et ses baisers par exemple, qui invitent à différentes interprétations, ou encore chez Moreau, avec cette impressionnante "Apparition".
Enfin, la dernière partie de cette rétrospective nous enverra au 20ème siècle avec la redécouverte du romantisme noir par les surréalistes, et de l'anticonformisme et du contraste de ce courant. Des éléments qui correspondent parfaitement à l'état d'esprit moderniste de Dali, Ernst ou Masson. C'est peut-être la partie de l'expo que j'ai le moins aimé, non qu'elle ne soit pas intéressante, bien au contraire. L'évolution de la noirceur, en lien avec l'absurdité de certains aspects du quotidien (guerre de 14-18), est parfaitement représentée. Mais c'est le nombre d'oeuvres qui pêche, bien moindre que les autres périodes. Plus personnellement, je n'ai pas été touché par les tableaux de Max Ernst, ce qui a un tantinet réduit l'intérêt de cette salle unique. Heureusement compensé par deux très belles peintures de Paul Klee, un "Sans Titre" et "Les Fleurs de Grotte" pour terminer l'exposition.
Entre chaque période de l'histoire, le cinéma est mis à l'honneur avec des extraits vidéos des débuts du cinéma d'horreur. Les premiers grands classiques du cinéma d'horreur que sont "Dracula" ou "Frankenstein", font écho à la thématique cultivée par ces peintres et ces auteurs qui ont osé une autre représentation, plus libertaire, mais aussi plus sombre. Outre ces classiques horrifiques, "Rebecca" d'Alfred Hitchcock, "Les Trois Lumières" de Fritz Lang, ou un extrait du "Chien Andalou" de Dali, venant introduire le surréalisme.
En conclusion, je ne peux que vous conseiller cette superbe exposition du Musée d'Orsay. Et je ne suis pas le seul, car le bouche à oreille est excellent. En atteste la prolongation de deux semaines dont elle bénéficie. Initialement prévue jusqu'au 9 juin, vous avez désormais jusqu'au 23 juin pour lui rendre visite. Mais peut-être vous demandez-vous s'il faut être attiré par certains côtés sombres pour l'apprécier à sa juste valeur? Et bien pas du tout. Comme le précise les explications sur le premier mur de l'exposition, "L'incroyance n'empêche pas de céder aux séductions de l'art satanique".
dimanche 24 mars 2013
Hey! Part II, Modern Art & Pop Culture - Halle Saint-Pierre, Paris
Deuxième édition de l'exposition Hey! à la Halle Saint-Pierre. Une occasion de découvrir ou de se replonger dans l'univers moderne et pop du magazine éponyme. Pour moi, c'était une découverte. Car même si je connaissais la revue de nom, il est forcément bien plus concret et marquant de voir ce monde en vrai sous forme d'une expo. Et vu que le contenu est un peu marginal, l'évènement lui-même paraîtra différent et donnera l'impression d'un bol d'air frais à ceux qui fréquentent l'univers des arts contemporains. Bienvenue dans une autre dimension artistique, bienvenue chez Hey! .
Au pied du Sacré-Coeur, la Halle Saint-Pierre est le partenaire idéal du magazine, au vu de ses programmations habituelles. C'est déjà ici qu'avait eu lieu la première édition de l'exposition. Le deuxième volet regroupe cette fois 61 artistes internationaux, issus de 14 pays différents. Auxquels on ajoutera les deux mises en avant temporaires, dans le hall d'entrée, consacrées à Murielle Belin et Mr Djub. Sombres et pleines de minutie, comme une sympathique introduction au plat de résistance. Sympathique oui, mais forcément en dessous par rapport à la suite. Il faut dire que la première salle est consacrée à Joe Coleman, et dans le genre barré minutieux, l'Américain se pose là. Parfaitement mises en lumières, ses oeuvres, sortes de peintures en relief avec du texte, mettent dès le départ la barre très haut. Il faut dire que lui et Giger, le père d'Alien et du Necronomicon, sont les deux "stars" de l'exposition, et c'est sans aucun problème qu'il fait honneur à son rang.
Pour le fan d'Alien que je suis, voir en vrai une sculpture du Necronom est un moment unique. Trônant au milieu du rez-de-chaussée, il est difficile pour moi de me concentrer sur les premiers artistes, trop impatient d'en admirer les détails. Pourtant, j'y arrive, notamment grâce à quelques oeuvres coup de poing, comme la bête contemporaine de Renato Garza Cervera, tapis humain au visage et au regard réaliste et effrayant. Les peintures de Georganne Deen, les livres sculptés de Brian Dettmer, les tableaux en relief de Louis Pons, les portraits "Famille Adams" de Travis Louie, sont sont autant d'exemples d'oeuvres réussies, qui sont pourtant relayées au second plan par ces quelques uppercuts proposés par le Suisse donc, ou encore par, avec peut-être plus d'objectivité, le coréen Choi Xooang et ses ailes pleines de mains. On se souviendra aussi de Gibert Peyre et de son installation électropneumatique "J'ai Froid", qui dans ce cadre peu éclairé sonnera pour certains comme un cauchemar éveillé. Impressionnant!
Le premier étage est lui en pleine lumière. Les oeuvres présentées sont ainsi un peu plus ludiques, un peu moins sombres. La naïveté prend le pas sur l'horreur, les jouets expriment autant que les monstres. Ainsi, les peintures cartoonesques de Todd Schorr ou de Mike Davis nous redonnent le sourire, là où les Barbies de Mariel Clayton nous font carrément marrer. Juste retour des choses que certains jugeront comme un positionnement féministe (l'artiste s'en défend), les Kens s'en prennent plein la tête par des Barbies revanchardes et sans pitié. Les Toys Icons de Numa Roda-Gil sont également à découvrir, ainsi que les céramiques d'Amanda Smith, faussement naïves. Faussement oui, car ne vous y trompez pas, la violence est là, les oeuvres expriment beaucoup de choses dures, et seule la forme est un peu plus douce. Comme un symbole, ce sont les poupées et les anges déchus de Paul Toupet qui termine l'exposition, nous rappelant que chez Hey! le morbide fait partie de la vie.
On pourrait d'ailleurs se poser de nombreuses questions sur ces artistes. Je le suis moi-même et je sais bien que l'art est un exutoire, qui nous permet d'évacuer les douleurs et les mauvaises choses auxquelles nous sommes confrontés. Ici, on est en présence de beaucoup de noirceur, d'horreur. De beauté aussi, cela n'empêche pas. Mais on se demande ce qui peut pousser un artiste à aller aussi loin. Est-ce le support artistique (écrire des chansons a peut-être ses limites)? Plus de violence dans sa vie? Moins de pudeur dans l'extériorisation des sentiments? L'expo n'est en aucun cas lugubre, on a vraiment l'impression d'être davantage dans le partage et l'expression d'une introspection que dans le malaise. Je ne suis pas critique d'art, je n'aura pas la prétention de m'étaler sur le sujet, mais ce sont des questions intéressantes qui se posent grâce à une exposition qui l'est tout autant.
Je vous conseille donc fortement d'aller faire un tour à la Halle Saint-Pierre. Que vous soyez expert ou novice, amateur d'art moderne ou pas, Hey! vous présente ses références pop culture de la plus belle des manières. Une exposition variée, relativement accessible, et différente de ce que l'on a l'habitude de voir. Un monde à part où tout ne vous parlera peut-être pas, ce qui est normal vu le nombre d'artistes présentés, mais qui saura sans aucun doute vous embarquer. Elle dure jusqu'au 23 août, courez-y, vous ne le regretterez pas!
jeudi 14 mars 2013
Un Jour à Pompidou: Dali, Eileen Gray - Centre Georges Pompidou (Paris)
Entre Hopper au Grand Palais avant et le très attendu "L'Ange du Bizarre" à Orsay après, cette exposition Dali n'était pas ma priorité de ce début d'année dans ce domaine. Pourtant, il s'agit tout de même d'un évènement à ne pas louper. Conséquente, cette rétrospective nous propose près de 200 oeuvres et tableaux, de quoi passer un long moment avec ce génie fou qu'est Salvador Dali. Mais pas que, puisque le centre Pompidou a toujours cette excellente habitude de nous proposer un billet donnant accès à l'intégralité du musée, nous permettant de voir les expos annexes, souvent intéressantes. Comme autant de premières parties à un concert.
Et le premier artiste qui nous est présenté est Jesus Rafael Soto. Ce vénézuélien, qui se revendique autant artiste que théoricien, nous propose ses oeuvres déstabilisantes. Et quand j'emploie ce terme, je parle de sensations physiques. A l'entrée de l'espace qui lui est consacré, un panneau nous indique que certaines oeuvres peuvent déranger les personnes épileptiques... Dans la lignée de Malevitch, Soto ne jure que par les formes parfaites, notamment le carré. Il se veut également l'égal d'un scientifique dans ses mises en places cinétiques et ses recherches sur les impressions de mouvement. Ainsi mélange-t-il la peinture, le plexiglass et les volumes, notamment des tiges d'aluminium qui ne manqueront pas de vous déstabiliser ou de vous donner mal à la tête, jusqu'à son oeuvre la plus poussée, le "Cube Pénétrable", qui vous désoriente complètement lorsque vous y pénétrez, puis en ressortez. Pas forcément tout le temps graphique, l'oeuvre de Soto est toutefois fort intéressante, déroutante et son art, à l'intersection du visuel et du scientifique, est une excellente découverte.
Tout à côté, nous rentrons dans l'univers de l'artiste polonaise Alina Szapocznikow. Un univers particulier où l'obsession du corps est omniprésente. Il n'a pas un dessin ni une sculpture où n'apparaisse un organe ou une partie de notre anatomie. Ou de son anatomie en particulier, qu'elle aimait démembrer et mettre en oeuvre. Son travail, à la fois intime et interrogateur, nous est présenté par l'intermédiaire d'une centaine de pièces. Des lithographies en noir et blanc de ces débuts jusqu'aux sculptures colorées et presque surréalistes, Szapocznikow nous impose sa vision des corps, au point où son obsession nous apparaisse parfois comme un dégoût, tant la déformation du sujet finit par prendre le dessus sur tout le reste. Sans tout de même parler de malaise, je peux juste dire que je ne suis pas entré dans son univers. Certaines pièces sont très belles, comme son autoportrait en bronze recto-verso (ci-dessous) et l'exposition reste toute aussi intéressante à découvrir que celle de Soto.
L'autre exposition très attendue du moment à Pompidou, c'est la rétrospective sur l'artiste-décoratrice Eileen Gray. Cette irlandaise est devenu sur le tard une icône des Arts décoratifs. Malgré une période faste dans les années 20, où ses pièces de mobiliers, tapis et autres travaux de design d'appartement fûrent très demandés, elle tomba dans l'oubli dans les années 50, peut-être à cause de son indépendance d'esprit, refusant par exemple de suivre les traités d'architecture moderne de Le Corbusier. Redécouverte dans les années 70, et célébrée depuis, cet hommage est des plus qualitatifs et nous permet de nous rendre compte du talent de Gray. Dans les Arts déco, mais aussi dans certaines peintures, domaine qu'elle considérait comme distinct de son travail de designer, mais qui se révèle être d'une réelle beauté. Un très joli parcours dans la vie d'une référence des Arts décoratifs.
Et après ces quelques mises en bouches, passons au plat principal, Dali. Médiatiquement, cette exposition a su profiter de l'engouement d'Hopper au Grand Palais, complet assez rapidement. Pour les gens qui s'étaient mis dans l'idée de voir une exposition, Dali fût la parfaite alternative, suffisamment connu du grand public pour attirer les personnes qui ne font qu'une expo par an. A l'instar d'Hopper justement, exceptionnelle, il serait pourtant idiot de juger une expo que par sa couverture médiatique. Ne serait-ce que pour la quantité, plus de 200 oeuvres, la rétrospective Dali vaut le détour.
Commençons cependant par le gros défaut de l'exposition. Sa scénographie. C'est donc un vaste espace, et quand on y pénètre, on ne sait pas trop par où commencer. La construction par thèmes est relativement claire une fois que l'on s'est posé la question, mais elle n'est pas intuitive. De plus, à force d'enchaîner les thèmes, les dates se mélangent et on ne s'y retrouve pas dans la chronologie de l'artiste. Et j'ai trouvé ça d'autant plus problématique que Dali est un artiste tellement riche qu'il peut en devenir fouilli. On finit par prendre les oeuvres les unes après les autres, sans construire de schéma relatif à sa carrière.
Ceci étant dit, on peut essayer de rentrer dans le monde surréaliste de l'espagnol. Et là, on ne peut qu'être impressionné par le détail de ses tableaux, dans la précision technique ainsi que dans la quantité d'information. On pourrait rester des minutes entières à décortiquer, à voyager dans les différentes strates d'une seule de ces oeuvres. Tout est d'une richesse rare. Dali est connu pour ça, il est aimé et détesté pour cet onirisme, cet excentrisme, pour ce génie autoproclamé, pour ses idées et ses représentations inédites, notamment à son époque. J'aimais beaucoup Dali il y a quelques années, notamment pour son sens de la provocation, cela m'est passé, mais il faut reconnaître que nombre de ses tableaux sait nous transporter là où personne n'a su le faire. On dépasse le cadre du simple dépaysement puisqu'on oscille ici entre le voyage intérieur et le changement de dimension. Un autre monde, à la fois fou et ultra coloré, et d'une précision, encore une fois, qui nous fait douter de la réalité.
Les défauts de cette créativité hallucinée et hallucinante, c'est cette impression de grand n'importe quoi. Ce n'importe quoi n'altère en rien la cohérence artistique du peintre espagnol et on ne pourra ainsi jamais le lui reprocher, mais tout de même, il y a des moments où l'on se demande où il va. Cet as de la provocation saura se jouer de nous comme il savait à l'époque se jouer des médias, mais cette "nouvelle objectivité" peut créer une distance entre lui et les personnes qui regardent ses tableaux. Là non plus, ce n'est pas une critique, mais j'avoue que j'ai parfois été insensible à certaines peintures ou à des sculptures un peu plus théâtrales, comme le "Veston Aphrodisiaque". La quantité sera du coup au service de la qualité, puisque l'on retiendra surtout le nombre de pièces devant lesquelles on reste béat, et que l'on pourrait décortiquer ou admirer des heures durant.
Je ne suis donc plus un grand fan de Dali depuis quelques années maintenant, mais je ne regrette pas cette journée passée à Pompidou. Outre les expositions annexes tout à fait intéressantes, cette rétrospective Dali est à voir absolument, malgré une scénographie un peu bizarre, mais peut-être, après tout, en rapport total avec la non rationalité de l'artiste. Certaines oeuvres sont à voir à tout prix, et la richesse et la précision en fait la référence incontournable du surréalisme. L'exposition se termine le 25 mars et est déjà complète en réservation. Mais n'hésitez pas tout de même à tenter votre chance sur place, des nocturnes exceptionnelles étant mises en place chaque jour jusqu'à 23h (dernière entrée à 22h si je ne m'abuse). Cela en vaut la peine!
jeudi 29 novembre 2012
Edward Hopper - Galeries Nationales du Grand Palais (Paris)
C'est l'évènement expo de cette fin d'année. Cette première rétrospective parisienne sur le peintre américain fait grand bruit. Dans les médias d'abord, tant il est difficile de passer à côté, mais aussi dans le coeur des gens. Edward Hopper est apprécié de tous, et le nombre de réservations le prouve, puisque, deux mois avant sa fin annoncée, l'exposition affiche déjà complet (en attendant un éventuel rajout de places ou de séances). Bien sûr, la surmédiatisation y est pour quelque chose, mais le bouche à oreille aussi. Car l'exposition a très bonne réputation. Alors, succès mérité ou popularisme pseudo-artistique? Voici mon modeste point de vue.
Vous vous souvenez quand vous étiez adolescent, que votre groupe favori commençait à avoir du succès et qu'il était récupéré par tous? C'était pénible n'est-ce pas? Hopper, c'est un peu la même chose. On entend plein de critiques sur le peintre en ce moment, simplement parce ce carton annoncé agace ceux qui aimaient Hopper depuis longtemps. De là à boycotter l'évènement? Bien mal vous en prendrait. L'exposition est superbe. A l'image de l'oeuvre, qui sous ces airs si accessibles propose une profondeur d'interprétation impressionnante, selon la vision de chacun. A mes yeux, Hopper est le premier artiste pop, avec cette fausse simplicité apparente. Et se retrouver face à certains tableaux impressionne, au point d'avoir envie d'y rester des heures. On pourrait se poser là, à décortiquer son travail, ou juste à s'évader dans ces séquences cinématographiques figées, mais qui suggèrent énormément. La visite en tout cas permettra, comme souvent au Grand Palais, une découverte chronologique, avec une première partie sur la formation de l'artiste et un regard sur ceux qui l'ont inspirés. La deuxième nous montre ses oeuvres les plus connues, et surtout les plus matures, le véritable univers d'Edward Hopper en fait.
Le début de l'exposition est original. Dans cette première partie, on voit davantage le travail de ses pairs que celui d'Edward Hopper. Elle permet de voir l'évolution de son travail, de ses débuts, très influencé par les impressionnistes ("Chop Suey", ci-dessus, fait penser à Degas), à ses études sur des sujets précis, comme les limites de la civilisation, les maisons, ou encore son obsession pour la lumière du soleil. Une salle est dédiée à ses gravures, très réussies, qui étaient, avec ses illustrations, sa seule source de revenus au début de sa carrière. Si la suite de son oeuvre a beaucoup influencé le cinéma (Hitchcock, notamment), on a déjà ici les prémices d'un univers visuel fort, et il serait intéressant de connaître l'influence d'Hopper sur la bande dessinée par exemple, tant certaines planches font penser aux BD des années 60.
La deuxième partie parle davantage aux amateurs puisque l'on rentre dans l'univers connu de l'artiste. Connu mais pas inintéressant car l'évolution est encore présente et le style s'affine au fil des ans. On retrouve un certain classicisme dans les années 30, comme des restes de l'impressionnisme européen, mais transposé dans son pays natal. Puis les années 40 nous offrent ses plus grandes réussites, comme "Nighthawks", son tableau le plus connu, ou "Summertime", mon favori. On commence également à voir la récurrence de certains thèmes, ou de certaines mises en scènes. Son obsession de la lumière du soleil donc, mais aussi ce côté voyeur présent dans beaucoup de ses peintures, représentées par un cadrage ou un angle particulier, par les fenêtres également. Hopper aime également mettre en peinture des femmes, souvent rousses. Ces personnages, en général, sont assez grossiers, mais toujours expressifs grâce au décor dans lequel ils se trouvent, proche de la mise en scène.
Mais la récurrence du peintre américain, c'est bien évidemment la solitude. Avec ces expressions vagues, ces regards dans le vide ou vers l'horizon, on la ressent comme l'élément maître du travail d'Hopper. Les personnages sont soucieux, absents, seuls, même quand ils sont plusieurs. Cette solitude est représentée à la campagne ou en ville, en extérieur ou en appartement. Mais elle est toujours présente, toujours palpable. Et j'ai vraiment trouvé très bonne l'idée, je suppose volontaire, de terminer cette exposition par "Chambres au bord de la Mer", représentant une pièce vide ensoleillée. Comme une conclusion évidente du travail d'Edward Hopper.
Le succès de cette fin d'année n'est donc pas une imposture. Cette rétrospective est une réussite, dans son fond comme dans sa forme. Ces quelques 130 peintures confirment la place à part que peut tenir Hopper dans nos têtes et dans nos coeurs. C'est tout un univers, à la fois réaliste, romantique, cinématographique qui nous embarque et dans lequel nous nous reconnaissons. Le plus européen des peintres américains mérite donc amplement ce succès et je vous inviterais bien à visiter cette exposition à tout prix. Mais ce sera compliqué, je ne vais pas vous mentir. Un très beau moment en tout cas!
mardi 7 août 2012
Maison et Jardins de Claude Monet, Giverny
Pas très loin de chez moi se situe un endroit que je n'avais jamais visité. C'est souvent comme ça, vous allez me dire. C'est au fin fond de l'Île de France (mais à seulement une heure de Paris), à Giverny précisément, que le peintre Claude Monet s'était installé, et s'était construit un univers fleuri, propice à la fois à sa création et à sa vie de famille. Je ne suis pas un fana des Impressionnistes mais j'aime bien Monet, j'ai donc profité de ce dimanche éclairci pour visiter sa maison et ses jardins.
La visite commence par le jardin principal, et l'on se retrouve d'emblée au milieu d'un nombre incalculable d'espèces florales. Niveau forme, rien de spécial, de grandes allées, des plus petites, rien d'extravagant, mais en même temps, Monet était un peintre, pas un roi. On se fraie un chemin au milieu des innombrables touristes en espérant se relaxer parmi toutes ces belles fleurs, que le peintre faisait venir de tous les endroits du monde. Dommage qu'elles ne soient pas plus indiquées par de petits panneaux, cela aurait pu être intéressant de connaître leur nom ou leur origine. Mais cela ne nous empêche pas d'en prendre plein les yeux, les couleurs sont belles et vives et le jardin est bien entretenu, à la fois propre et un peu sauvage.
On entre un peu plus dans l'intimité du peintre en visitant sa maison. La décoration a été conservée, elle donne une idée des goûts de l'artiste, notamment pour les couleurs vives ou les estampes japonaises. Le salon bleu est la première pièce visitée et est, avec la salle à manger (jaune vif), le point d'orgue de la visite. On appréciera aussi l'atelier, parfaitement située avec ses grandes vitres, même si certains regretteront que les peintures exposées ne soient que des répliques. Les originaux ne peuvent bien sûr pas être partout. Après la superbe salle à manger jaune, la cuisine et ses éléments cuivrés terminent la visite, et la sortie sur la mini-terrasse et les jardins fait son petit effet, on imagine le bien-être du peintre à profiter de ce paysage au quotidien.
On traverse le jardin (et la nationale...) pour visiter le jardin d'eau et le pont japonais, passage obligé et attendu des fans de Monet, puisque c'est ici qu'a été peinte la série de tableaux "Les Nymphéas". Le dépaysement est ici un peu plus prononcé! Le petit ruisseau, les petits ponts, les bambous, et bien sûr le célèbre étang et ses nombreux nénuphars. Un endroit magnifique où l'on pourrait rester des heures, et l'on comprend tout à fait la source d'inspiration qu'a pu être ce coin de nature. Le circuit est bien fait, et on ne perd pas une miette des différents coins du jardin d'eau. On s'attarde forcément sur le célèbre pont japonais, à contempler l'étang et sa flore. Un très joli moment!
Si vous aimez Monet, la visite de Giverny est fortement conseillée. Le musée des Impressionnistes, à quelques pas, ainsi que de nombreux restaurants vous permettront de compléter votre journée. Mon seul regret fût de ne pas voir plus d'espèces animales au milieu de ce paradis floral. Deux ou trois poules d'eau, quelques bourdons, quelques carpes, c'est peu dans un tel paradis. Où sont passées les oiseaux et les abeilles? L'amoureux des animaux que je suis chipote sûrement et ne pourra tout de même que vous conseiller la visite de cet endroit, que vous aimiez l'art, la nature, ou les deux, comme le propriétaire.
jeudi 29 décembre 2011
Un Jour à Pompidou: Munch, L'Oeil Moderne, Yayoi Kusama - Centre Georges Pompidou (Paris)
C'était une première, je n'étais jamais allé au Centre Pompidou. Fleuron de l'art moderne, construit en 1977, cet énorme bâtiment de 7 niveaux est une référence en matière de contemporain. Les expositions temporaires lui étant rattachées actuellement m'ont donné envie de lui rendre visite.
Je passerai rapidement sur la première exposition temporaire, celle de Cyprien Gaillard. Ce jeune artiste, à la fois archéologue et archiviste, s'appuie sur la récupération d'objets dans des lieux à l'abandon. Il photographie également des locations en ruines ou sur le point d'être transformées. Principalement constitué de ces photographies, je n'ai pas vraiment été séduit par la forme de son exposition. Le format polaroïd, trop réduit, ne nous donne vraiment pas envie de se plonger dans le sujet, pourtant pas dénué d'intérêt dans l'absolu, si l'on connaît le propos de l'artiste a priori. Cela ne me dérange pas de réfléchir mais une expo doit aussi nous absorber un minimum, nous envoyer ne serait-ce que le début d'un message. Et personnellement, les trop nombreux pola et les quelques enjoliveurs présents n'ont pas su me parler.
Par contre, quelle claque que cette rétrospective Kusama! Cette artiste japonaise née en 1929 est une précurseur dans bien des domaines. Elle en a influencé plus d'un, en commençant par Andy Warhol, qui s'est fortement inspiré de ses réseaux d'infinis. L'expo commence par ses premières oeuvres, quand elle était encore au Japon. Son univers souvent abstrait est déjà riche et profond, mais dans les années 50, c'est sans grande surprise qu'elle s'est heurtée à une forte incompréhension. Juste après avoir inventé son motif de pois ou de points (dots), elle s'en va pour New York, lieu de ses grandes expérimentations.
Pendant 15 ans, elle passera des monochromes aux infinis, puis à son principe de self-obliteration. "Ma vie est un point au milieu de ces millions de particules qui sont les pois", disait-elle. L'artiste se jette dans l'exploration de l'immensité avec sa petitesse comme point de départ. Elle prône l'autodestruction comme seule issue. Elle s'oblitère et oblitère le monde qui l'entoure.
Le point fort de l'exposition est sans aucun doute ses environnements. Elle crée des pièces faites de miroir où ses points pourront véritablement se refléter à l'infini. En totale immersion, nous sommes à la fois émerveillés et oppressés dans ces cubes de verre, d'eau et de matière. Une sensation sans pareille, comme être dans une dimension parallèle ou un autre univers. En l'occurence, celui de Yayoi Kusama.
Dans un hôpital psychiatrique depuis 1976, l'artiste continue de produire de nouvelles oeuvres. Mais si les plus récentes m'ont paru moins marquantes, j'ai plus qu'été conquis par cet artiste visionnaire et torturée. La révélation du jour!
La visite se poursuit avec la permanence de Beaubourg. 2 niveaux, l'un regroupant les collections modernes, de 1905 à 1960, l'autre les contemporaines, de 1960 à nos jours. De la peinture surtout, de la sculpture, un peu d'art déco, de la photographie, on explore le 20ème siècle de manière chronologique. On passe d'un style à l'autre et l'on constate l'évolution des esprits et des oeuvres. Parmi les artistes, certains n'ont plus à être présenté (Picasso, Matisse, Miro, ...), d'autres seront redécouverts ou découverts tout court, comme Dado, peintre un peu fou originaire du Monténégro, ou Yves Tanguy et son "Jour de Lenteur" très Dali dans l'esprit.
Un voyage dans l'ensemble passionnant, même si, forcément, le contemporain a par moments le don de nous déboussoler. Soit on se reboussole et on apprécie (Jackson Pollock et son jeté de peinture), soit on passe à autre chose en se demandant en quoi ceci peut bien être de l'art, comme certains monochromes. C'est à mon avis l'un des principes du contemporain d'être en réflexion et moins dans le ressenti. Bien que certaines oeuvres prouvent que les 2 ne sont pas incompatibles. Ce que je retiens surtout de cette grande visite, c'est ce très intéressant voyage dans le siècle précédent, la découverte de Dado, ma reconsidération de Kandinsky et le plaisir d'avoir vu un Dali, un Pollock ou un Zao Wou-Ki.
Puis ce fût l'heure de passer à l'exposition temporaire principale du moment à Pompidou, "Munch, L'Oeil Moderne". Une vision de son travail différente, autre que par son chef-d'oeuvre bien connu, "Die Schrei" ("Le Cri"). Pourtant constitué de 140 peintures et photographies, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'expo est passée très vite. Peut-être la fatigue et la volonté d'éviter le monde présent, je n'ai pas vraiment eu l'impression de rentrer dans le monde du peintre norvégien. Ou peut-être n'ai-je pas été séduit outre-mesure par son travail, tout simplement. Certains tableaux sont exceptionnels, comme "Le Baiser" ou "La Nuit Etoilée", d'autres le sont moins. Je ne dirai pas que j'ai été déçu, parce que je ne m'attendais pas à quoi que ce soit, vu qu'il ne fait pas partie de mes peintres favoris. Munch est un grand peintre du 19ème siècle, cet expo prouve qu'il est également un grand artiste du 20ème siècle, bien en lien avec son époque et pas aussi introspectif qu'on pourrait le penser.
Pour finir, l'exposition "Danser sa Vie" a été victime de la fatigue dûe à 4h30 de visite intensive. Je ne suis pas un expert mais le sujet m'intéressait fortement. Cependant, je suis tout de même plus sensible à l'aspect classique de la danse qu'à son côté moderne qui peut être très irritant. Une bonne partie de l'expo se rapportant au moderne justement, je n'ai pas été conquis. Quelques oeuvres valaient tout de même le détour, comme certains tableaux de Nolde et ce très beau "Construction sur Fond Blanc" de Rodtchenko. Mais je suis sûr que l'exposition pourrait s'avérer fascinante pour les amateurs de danse contemporaine.
Un longue journée donc, vous l'aurez compris juste à la longueur de ce post. Mais un beau voyage dans le monde des arts modernes!
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