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mercredi 7 décembre 2011

Battles - Gloss Drop (2011)





Après un premier album très remarqué par les afficionados de musique barrée, Battles revient avec leur deuxième album, "Gloss Drop". De quoi se réjouir si l'on ne savait pas que Tyondaï Braxton, principal compositeur du combo s'en est allé vers d'autres aventures musicales, en solo. N'ayant pas été remplacé, Battles est donc maintenant un trio. Va-t-on ressentir cette absence sur disque? Voici ce que je pense de ce "Gloss Drop", fortement critiqué par les puristes...


C'est évident que le départ de Braxton a enlevé de la folie dans la musique des new-yorkais. Là où le premier album partait dans tous les sens, celui-ci ne nous surprend plus tant que ça. Et ceci n'est pas juste dû au fait que ce soit une deuxième livraison. L'album est plus répétitif, plus electro dans l'esprit aussi, vu que certains morceaux s'appuient sur des riffs qui tournent en boucle, et s'enrichissent au fur et à mesure. Parfois, c'est un peu gênant, un peu dommage, comme avec le premier single "Ice Cream" et son intro exceptionnelle que le trio n'arrivera jamais à faire évoluer correctement. La chanson reste bonne mais ne s'envole jamais vraiment. A contrario, la formule fonctionne complètement sur des titres comme "Futura" ou "Inchworm". Dans l'ensemble, même si on sent l'ensemble un cran en dessous, l'ennui ne s'installe jamais vraiment au final. Et ce grâce au principal attrait de ce disque, la rythmique.


John Stanier, ancien batteur d'Helmet, impose donc sa présence, sublime certains titres et sauve les meubles quand ils doivent l'être. Son jeu est à la fois puissant et terriblement entraînant. L'album hérite même du coup d'un côté tribal, parfois renforcé par des sons typés steel drum ("Dominican Fade") ou par le chant très orienté chant africain de Yamantaka Eye sur "Sundome".
L'un des changements par rapport au premier album, ce sont ces quelques titres chantés, où le trio en profite pour inviter du beau monde. De Gary Numan, grand nom de la new wave, à Kazu Makino, la chanteuse de Blonde Redhead, le groupe se donne du relief sans bafouer sa personnalité. Et c'est justement la deuxième force de ce "Gloss Drop". Battles perd en folie mais gagne en cohérence. On a l'impression que le groupe s'est trouvé un style, et même si l'on déplorera que ce style soit en deça  de ce qu'il avait montré sur "Mirrored", c'est tout même une grosse bonne nouvelle. Les trois ont maintenant une base solide sur laquelle s'appuyer. Pour nous pondre un troisième disque encore meilleur? L'avenir nous le dira.


Cet album est bien un cran en dessous du premier, certes, mais la rythmique complètement addictive nous fait revenir vers ce disque d'une qualité tout de même évidente. L'absence de Braxton semble digérée, si l'on en juge sa cohérence. Reste à prouver que le trio aura la possibilité de se sublimer pour nous livrer un troisième disque à la hauteur de nos espérances.


15/20



jeudi 17 novembre 2011

Live Report: Battles, Machine du Moulin Rouge, Paris, 15-11-2011




Battles fait débat depuis quelques temps. Le départ de Tyondai Braxton a eu une grosse influence sur la compositon du groupe, et le 2ème album, "Gloss Drop", dont je vous ferai la chronique dans quelques jours, qui a un peu tendance à décevoir. Quid de tout ça en live? Ne les ayant jamais vu, et malgré une petite hésitation, j'étais quand même de la partie en ce glacial mardi de novembre, ne serait-ce que pour rendre hommage à l'excellent 1er album des new-yorkais.

La Machine du Moulin Rouge, anciennement appelée Locomotive, est une salle tardive. Concert à 20h30 signifie ouverture des portes à 20h30. Et Battles ne jouera qu'à 22h30... Walls, la première partie investit la Chaufferie, la salle du bas, vers 21h15. Un set electro, qui nous fait nous demander quel est le rapport avec Battles. Invités par le groupe lui-même, on assiste à un dj set planant, avec un bout de guitare par ci, des delays par là, et quelques rythmiques intéressantes. Dans l'ensemble, le duo se révèle agréable à écouter, même si certains moments paraissent longs, voire pénibles (le morceau d'introduction, 6 ou 7 minutes de nappes...). Bien sympa quand même. Surtout que leur timidité et leur gentillesse étaient plutôt touchantes.

Battles arrive sur la scène principale, devant un public connaisseur et conquis d'avance. C'est sûr que les voir sans connaître les morceaux avant n'a aucun intérêt. Le son est trèèès fort, je plains les personnes qui n'avaient pas de bouchons d'oreilles. Surtout quand rentre en scène sans nul doute l'un des meilleurs batteurs du monde, John Stanier. L'ancien batteur d'Helmet a une frappe d'une puissance incroyable, qui ferait passer le batteur de Deftones pour une crevette. A chaque coup de baguette, les fûts reculent de 5 centimètres, et je crois même que j'en ai vu un saigner. Mais attention, un très bon batteur ne se contente pas d'être puissant, John a une technique incroyable et un groove hallucinant. Et à l'instar du 2ème album, c'est lui qui tient la barraque en live. En atteste ce rappel, avec le seul morceau "Sundome", dont la 1ère moitié (10 minutes...) n'a pas de batterie. Bah c'était long...

Le trio a joué majoritairement des chansons de "Gloss Drop". Avec un petit travail de vidéo pour faire apparaître les chanteurs invités sur l'album, bien sûr absents sur les tournées. Certains passent très bien, comme "Futura", et d'autres sont un peu longuets. On pourra aussi regretter l'utilisation trop importante des boucles, rendant l'ensemble moins vivant. Mais dans l'ensemble, le groove finit par l'emporter et la machine Battles convainc. Maintenant, le meilleur moment du concert restera le génial "Atlas", qui démontre quand même la différence de qualité entre les deux albums. Battles est un très bon groupe. Mais il fût un temps où il était encore plus que ça.

Cette dernière phrase résume assez bien le concert. J'ai passé un bon moment. Mais je sais très bien au fond de moi que le groupe n'est déjà plus ce qu'il était, à l'image de leur 2ème album. Une petite déception quand même, même si un Battles moyen reste meilleur que beaucoup de formations actuelles.





dimanche 1 mai 2011

Battles - Mirrored (2007)





Difficile de chroniquer un album comme celui-ci. Indépendant, exigeant, pas vraiment accessible, qui vais-je intéresser avec ces quelques lignes? Alors quoi? Doit-on le laisser dans son carcan élitiste ou le partager quand même? Tout ça ne veut finalement rien dire donc oui, ce disque mérite d'être chroniqué et d'être écouté par tous.


Quatuor à l'époque, devenu trio depuis peu, Battles est constitué d'anciens musiciens de Don Caballero, Helmet, Prefuse73 ou Tomahawk, des groupes qui ne parleront qu'aux plus connaisseurs d'entre nous, mais assez cultes dans leur famille musicale. Pas le genre de groupes en tout cas qui cherchent à faire la même musique que tout le monde. Et Battles ne déroge pas à cette règle. Entre le post-rock et le progressif, les new-yorkais se distinguent par des compositions riches, complexes et ambiancées, auxquelles s'ajoutent des touches électroniques, des claviers et des délires cartoonesques ("Atlas"). Dit comme ça, ça ressemble à un beau bazar! Alors comment vous donner envie d'écouter ce disque...


Peut-être en vous disant qu'il y a des chances pour que vous n'ayez jamais rien entendu de pareil. Il y a de quoi être surpris une dizaine de fois par morceaux. Et même si certains titres durent 7-8 minutes, c'est tout de même pas mal! On est ici en présence d'une façon différente d'approcher la musique. Les instruments sont exploités autrement, les voix ne ressemblent plus à des voix, les mots ne sont plus des mots. On est dans un autre monde, où tout sonne différemment. 


Du coup, la question est: aurez-vous le courage et la patience de rentrer dans l'univers de Battles? Nous ne sommes pas ici dans un songwriting au sens classique du terme. Tout est bien sûr possible, mais il me semble inapproprié d'écouter cet album d'une oreille distraite en faisant la vaisselle, ou de se mettre 3 ou 4 morceaux parce qu'il nous reste une demi-heure avant de partir travailler...


Ok, je sais, je suis peut-être en train de vous casser l'envie de vous plonger dans ce disque. Finalement, ce "Mirrored" n'est pas élitiste, il risque juste d'être un peu le reflet (ha ha!) de notre rapport à la musique. Je ne vous dirai pas non plus qu'il est accessible, ce serait mentir. J'essaie juste de vous faire comprendre que cet album a assez de qualités pour qu'on lui accorde un peu de temps, et si possible une écoute attentive.


16/20